En parlant avec M[ax] Blecher
Les heures frappaient sept aux tours pointues et catholiques,
[d]es cloches des églises de Brașov
et moi réveillé de la moelle profonde du bois forestier
je descendais la rue Ciocrac au numéro huit
et jusqu’à minuit
je restais bavarder avec mon ami Blecher.
Ce fut un été
et puis un automne très long[s]
avec la feuille des arbres verte sur la Varte et sur la Tâmpa
avec l’air qui arrivait des montagnes, mûr et fini,
comme un romancier, comme Liviu Rebreanu.
Nous avons parlé tout le temps des choses essentielles de la vie
des choses que nous aimions plus que tout le reste.
Nous avons parlé du lait avec la voix déchirée dans un clavi[er] d’émotions
Du lait blanc et substantiel, cette chose terrible chaque matin
quand revenus d’entre les ténèbres métaphysiques du sommeil
nous prenions, par le lait, de nouveau contact avec la vie réelle avec les choses concrètes (et même pour cela si saines) les choses de la terre,
nous avons aimé les vaches qui broutaient l’herbe grasse aux flancs des montagnes
et qui, comme d’extraordinaires usines
créaient dans leurs pies cette substance de la vie.
Chaque matin dans le verre à lait nous buvions tour à tour tous les continents, toute la planète
tout ce qu’on a pu retirer de plus essentiel des jus de la terre.
Ici était la vie tout entière, la planète entière dans notre verre à lait de chaque matin.
On voyait les crêtes des montagnes par la fenêtre,
et tandis que tant de vieilles choses nous passaient par la mémoire notre visage était illuminé par le sujet de la conversation.
Ensuite nous parlions de la vie et du pain,
[d]es boulangeries de Brașov, les premières qui ouvrent le matin et des maisons les hommes se dirigent vers elles comme vers la source première de la vie
sous le bras avec un pain, sous le bras avec la vie
nous allions parmi les maisons vieilles de centaines d’années
en mâchant entre les dents les champs de blé de la Transylvanie.
Mais nous n’étions pas des empiffrés, des canailles qui se bourrent.
Ceux-ci nous les connaissions et nous les haïssons
Nous n’étions que des gens simples qui ont faim et qui mangent à leur faim.
Un verre de lait, un morceau de pain,
les choses essentielles de la vie.
Translator: Max Blecher
see more poems written by: Geo Bogza